Si Philip Glass n’avait pas composé la bande-son du film Koyaanisqatsi, seule Dugong l’aurait remplacé, tant sa musique s’impose comme le chaînon manquant entre les textures complexes de l’opéra de Glass et le trip mystico-géographique des images de Reggio. Sophia naît aux Philippines il y a un peu plus de vingt ans, d’une mère philippine et d’un père suisse allemand, avant de s’envoler pour le Bahreïn où elle fréquente les multiples communautés de cette petite île du Golfe Persique. Finalement installée à Montréal, elle crée Dugong, un avatar musical pour réaliser son credo : «traduire ma vision dans le langage universel des émotions».
Comme ses multiples voyages, appartenances, expériences ethniques et les nombreuses dimensions qui l’animent, la musique de Dugong est difficile à classifier. Des divers paysages qu’elle a admirés ou imaginés, Sophia invente des genres qui n’existent que pour elle, dans lesquels elle range ses morceaux : des volcans philippins aux usines montréalaises, en passant par les chants des tribus aborigènes. Un catalogue sensoriel à l’image du monde, calme, chaotique, parfois laid, mais souvent magnifique.
Du merveilleux sentiment d’être connecté aux choses que l’on aime à sa profonde tristesse face à la destruction du monde naturel (le dugong est un mammifère marin du Pacifique, lourd et majestueux, menacé par le tourisme et la chasse), ses émotions sont donc le principal viatique de sa création. Pour elle, Dugong est le moyen idéal de raconter des histoires et de bâtir un univers de coexistence joyeuse et multiculturelle entre humains, plantes et animaux, ou «construire une armée en forme d’hymne à la protestation». Sophia aime à penser sa musique comme «un orchestre de catastrophes naturelles». Le son complexe et imprévisible du choc entre Terre, nature et civilisations.

Rédigé le 12 février 2012 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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L’épitaphe de Sandwell District n’aura finalement éploré personne. Avec le soin d’un thanatopracteur et la prudence d’un chaman ouïgour, Regis, Female, Function & Silent Servant se sont défaits de leur label crée six ans plus tôt, le laissant à l’orée de la nouvelle année et aux choses révolues. 
Avec délicatesse et décision donc, la fin de SD se fait douce et naturelle; c’est le moins que l’on en attendait. Dans le sillage de Downwards et sur la bien plus ancienne et irrédente attirance des hommes pour le macabre -celle dont on se départ aujourd’hui avec autant d’énergie que d’absurdité- à travers la danse et les rythmes décharnés, le label a brodé son esthétique mêlant étrange et sinistre fascinant. Loin d’être une obsession inepte pour la mort et son tabou, il s’agit ici de disséquer son aimantation et d’exhorter sa complexe ramification. Les diverses déclinaisons techno des suscités artistes: industrielle, hybride(CH-Signal Laboratories), empruntant à Détroit(Function) comme à la pop mélancolique avoisinante, ou les productions expérimentales de Rrose & Bob Ostertag servent une œuvre focalisée sur nos penchants opaques. Le corps fluent et tentaculaire que forment BMB, BEB et DW compile et crée, achève un recensement exhaustif, audible et visible, piochant dans les décennies passées et les genres adjacents pour dévoiler la profondeur de son entreprise, épanchant au passage nos sombres aspirations.
 
Leurs titres précisent d’emblée leur pensée, pointent la destination: ils localisent puis circonscrivent le grave et la curiosité morbide à un exercice créatif, à un espace et une durée, dans le clos du cimetière ou le temps de la cérémonie. Mais comme la voix des défunts porte souvent bien au-delà du marbre, il ne serait pas surprenant de voir Sandwell District réinvestit dans l’avenir.

Rédigé le 6 février 2012 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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La froideur présumée de la techno et ses corollaires, inaptes à émouvoir et tout juste bornés à un défouloir dégénérescent, reste aujourd’hui encore un a priori obstiné, n’admettant qu’aux seuls genres classiques la qualité de musique pure et spirituelle. Qu’importe le nombre de rééditions, l’absence de renouvellement, la noblesse du travail de composition est confisquée par une légitimité close ne reposant plus que sur son grand âge.
Field Records ne demande pas tant d’égard et démontre pourtant, une fois de plus, l’inventivité d’une scène qui explore et s’affranchit à mesure qu’elle crée, tirant humblement partie de la modique place qui lui est allouée. Malgré la vasteté de ses plaines hollandaises, le label s’autorise à étendre son domaine de chasse sonore pour décliner une gamme techno variée, expérimentale, mêlant ambiant oniriques et rythmiques engageantes, construites précieusement, orchestrées sensiblement, démontrant l’obsolescence des préjugés en matière de création électronique. Jeroen Search (CLFT0018) et Mark du Mosch, pour ne citer qu’eux, s’amusent autour du sérieux et, avec leurs acolytes tout aussi talentueux, empruntent une voie où la rêverie et la romance se mêlent à l’injonction corporelle et grave propre à la techno. Six sorties -déjà une collection électroromantique-, attestent s’il le fallait de la vitalité d’artistes bataves aventureux, audacieux et habités par une philosophie musicale ouverte, trouvant en Field un organe à leur mesure: un aiguilleur habile et généreux de leurs talents et aspirations.

Rédigé le 28 décembre 2011 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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Faitiche est un concept du XXe siècle, contraction de « fée »-tiche et « fait »-iche, soit la croisée d’une obsession pour le surnaturel et l’inexpliqué d’une part et la passion angoissée du factuel d’autre part. Là où la théorie pourrait ne rester qu’ergotage philosophique, un label se charge de l’animer en lui apprêtant une forme musicale, la sauvant du tricotage intellectuel.
L’étrange création de Jan Jelinek, si elle emprunte un néologisme tortueux pour s’exprimer, ne se veut pas cérébrale pour un sou. Au contraire, elle entend s’appliquer à chacun avec l’efficacité d’une médecine orientale et échappe ainsi à l’étiquette d’expérimentation absconse. Il vient naturellement de parler médication à propos de Faitiche, ses artisans élaborent une musique aux effets palliatifs, construisent leurs instruments avec l’orfèvrerie de physiciens, poussent la technique et la recherche jusqu’au fond de leurs imaginaires fantastiques. Quand à cela s’ajoute les travaux posthumes, arrivés miraculeusement entre les mains enthousiastes de Jelinek, d’une pharmacienne nommée Ursula Bogner, on comprend que tous, au label, poursuivent l’idéal d’une musique thérapeutique. Bogner, Fujita et Jelinek sont trois collectionneurs géniaux, des fétichistes apothicaires confectionnant leur son à partir de matières aux vertus demeurant secrètes sans leurs sciences. Ils tirent de leurs pots de Damas, maniaquement alignés sur leurs étagères mentales des solutions miraculeuses où chaque ingrédient vient toucher sa cible, chaque synapse et nerf irrigués, le résultat d’une alchimie libre (où la somme produit une matière unique).

Rédigé le 21 décembre 2011 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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Il semble encore incongru de voir se mêler à la même filiation les noms de Downwards et Blackest Ever Black à celui Modern Love. Aux correspondances graves et sombres qu’appellent les premiers s’agrègent péniblement les allusions sirupeuses qu’évoquent le dernier. Aussi impropres qu’elles soient, ces fadaises se font pourtant toujours le titre, une décennie bientôt passée, d’un travail tout aussi obsédé que celui de ses parents autour du noir musical et même, dévient lentement vers un entendement plus seyant à sa matière.
De l’aveu de son créateur, le label émergea sans que ne lui soit adjoint de perspective musicale prédéfinie. A l’opposé des formations ultra-segmentées qui se font aujourd’hui, Modern Love s’est laissé former au gré du temps et des fluctuations de son entourage direct. Cette abandon hasardeux, qui lui coute sans doute son appellation et ses premières sorties, lui confère aussi une cohésion particulière, moins rationnelle qu’à l’accoutumée, qui ne repose que sur le déroulement aléatoire, chanceux du temps et des accointances. Le caractère de label s’est réalisé plus qu’il ne s’est construit; les échanges et les évolutions des artistes modèlent le produit, les influences s’interpénètrent de sorte qu’on retrouve la marque de chacun des acteurs dans toutes les productions. Le quintet mancunien M. Stewart, A. Stott, M. Whittaker, G. Howell et S. Canty s’est approprié le label et se laisse dériver sur les courants de chacun. Les extensions atlantiques vers Deepchord presents Echospace ramifient plus encore l’expérience sans jamais l’écarter du centre grave qui aimante le collectif. Aborder séparément les artistes, malgré d’importantes variations de style, semble désuet. La somme des productions atteint une valeur bien différente de leur simple addition et, grâce au travail solidifiant du temps, produit une œuvre unie.

Rédigé le 16 décembre 2011 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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À en croire certains, le CD aurait jadis anéanti le vinyl. Si l’on en écoute d’autres, le Mp3 tuerait à petit feu l’industrie du disque depuis quelques années. Et voilà qu’on entend même en ce moment, que le retour du vinyl, revanchard, ferait du mal aux ventes de Mp3. Peu nous importe en fait de savoir qui, dans cette histoire, a tort ou raison, si tant est qu’il soit légitime de remettre en cause les arguments des uns plutôt que des autres ; le vrai coupable n’étant pas l’un de ces trois protagonistes, mais probablement plus à chercher du côté des grands pontes de l’industrie musicale.
Pour trancher dans cette polémique qui d’ailleurs n’en est pas une, nous avons donc décidé de vous offrir – dans un joli packaging – l’entière collection des épisodes de notre podcast, en Mp3 gravés sur des CD calquant le vinyl, et ce, à titre complètement gratuit.
Distribués aléatoirement un peu partout dans Lyon dès à présent, ils continueront de l’être à l’avenir, et jusqu’à ce que mort s’en suivent.
Nous n’avons pu couvrir la totalité de ce vieux continent, et ne pourront non plus vous en envoyer par la poste, notre situation prolétarienne ne nous permettant pas ce genre de mégalomanies. Si toutefois vous souhaiteriez les trouver près de chez vous, prenez votre mal en patience, qui sait, peut-être qu’un jour nous en auront les moyens.
Joyeux Noel. Mort aux débats. Place aux ébats.

Rédigé le 15 décembre 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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Il y a bien longtemps que nous suivions Tomas, à l’aveuglette et sans réellement savoir pourquoi, puisqu’en effet à l’époque, il n’était pas encore clairement le producteur talentueux qui émerge ces temps-ci. Peut-être était-ce instinctif, ou tout simplement hasardeux, mais quoi qu’il en soit, ce n’est jamais sans satisfaction que nous avons conservé une oreille attentive et attendrie à la plupart de ses faits et gestes. Il y a une quinzaine de jours, le parisien frappait fort, à deux reprises, au coude à coude, et coup sur coup.
En signant Scopic Drive sur Correspondant, la nouvelle écurie de Jennifer Cardini, Tomas a prouvé de la plus belle façon qu’il méritait sa place parmi les rares acteurs sagaces dont dispose encore notre vieux pays sclérosé. Avec Flesh, quatre titres sensés décrire la cible d’une chasse aux cerfs – si toutefois on peut se fier à google traduction – il rejoint Snork Entreprises en s’inscrivant parfaitement dans la ligné du style de la maison : tout aussi prodigieux que burlesque.
Le syllogisme est alors aristotélicien : Monsieur More s’attire les regards et soutiens du beau monde de l’électronique, et notamment ceux de Magda, actionnaire majeure d’Items & Things, sur lequel il sortira bientôt son prochain maxi.
En attendant, voici quelques morceaux élégants, sélectionnés par ses soins dans l’idée de laisser parler d’elles-même ses influences.

Rédigé le 23 novembre 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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Tandis qu’il donnait banquet à sa cour, l’idée vint à Louis XI de créer une harmonie avec des porcs. L‘abbé Baigné, qui entretenait depuis longtemps par sa musique les plaisirs du monarque, ne trouva à son esquisse qu’imposer un certain délai pour le satisfaire une nouvelle fois. Un mois lui suffirait.
Il sélectionna d’abord son choeur. Selon les timbres il constitua des ensembles: huit truies pour les ténors, huit cochons pour l’alto, huit sangliers pour la basse, huit marcassins qu’il castra lui-même pour les sopranos. Alors qu’il engraissait son orchestre, il s’attela à la construction de son instrument. Il bâtit une espèce d’orgue, dont les touches, dispensées sur trois claviers, étaient reliées à des fils de cuivre se terminant par des pointes de fer aiguisées qui venaient piquer les porcs. La herse articulée par les doigts de l’Abbé arrachait ainsi à son choeur, rassemblé sous une tente et disposé selon ses tonalités, les notes voulues. Lorsqu’il fut satisfait de ses répétitions, il invita son Roi à écouter sa composition.
Le concert produisit une harmonie telle qu’elle laissa l’Abbé suspect aux yeux de l’assemblée. Il fallut à Louis XI soulever la voilure du chapiteau pour s’assurer de l’honnêteté et contempler toute l’inventivité de son musicien.
Le talent de Baigné comme la science de Matthew Herbert donnent à nos oreilles des intrigues qu’il nous auraient été impossible d’imaginer. One Pig, qui fait suite à One One et One Club, met en musique la vie éphémère de cochons jusqu’au repas final. L’ingéniosité de l’anglais, qui habille de sonorités électroniques excentriques, douces puis dramatiques, pour la plupart issues du porcin, confine à celle de son illustre prédécesseur ecclésiaste.
Outre le débat qu’a pu susciter l’album auprès des associations animalières, le dernier volet de la trilogie dévoile un peu plus la réserve imaginative d’un musicien qui cherche de la beauté dans les rebuts et parvient à faire surgir lui aussi une harmonie étrange et sacrilège dont on se délecte, à Lyon et ailleurs.

Rédigé le 13 novembre 2011 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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On aime à rappeler ici les villes d’où nous provient la musique, non pas que la géopolitique musicale nous préoccupe, mais parce qu’il est toujours bon de se souvenir qu’avant d’atterrir sur beatport ou soundcloud, la musique dépend d’abord de sa banlieue, dont elle n’est au final que l’écho ou le prolongement.
Il fallait au moins le collectif de Magazine pour embrasser tout l’héritage musical de Cologne, dont beaucoup trouvent encore à exhumer les perles égarées du post-punk comme des premiers tâtonnements du minimalisme électronique. Désireux d’entamer une nouvelle épopée musicale, le label monté par Barnt, Crato et J-Ü. Beyer saisit et s’affranchit d’une culture locale soit-disant insurmontable, pour tracer une ligne très contemporaine, oscillant habilement entre krautrock, études techno abstraites et expérimentations rythmiques maîtrisées.
En multipliant les collaborations -que l’on sent bouillonnantes- entre artistes eux-mêmes largement portés sur la recherche musicale, le label parvient à tirer un produit atypique, délicat et expressionniste, que chaque musicien contribue à épanouir. Le super-ensemble Cologne Tape catalyse les concepts « métapop » de J.Burger, l’ambiant aérienne d’A.Willner (The Field) et des rythmiques variées, agrémentées d’un travail sonore mêlant acoustique et électronique léchée. Les musiciens se baladent dans leurs productions comme dans le label: Barnt assure la sortie #2 et nous surprend avec trois titres entre techno angoissante et exploration sous-marine. Beyer s’essaye lui à l’occasion d’une association avec le groupe de percussionnistes Drums Off Chaos, dont on avait perdu la trace. L’ensemble se prête à un exercice de composition spontanée innovant, qui n’en finit plus d’attiser notre curiosité.
L’identité de Magazine, pas même fendillée par la pléthore des artistes s’y rattachant, tient dans la fraîcheur et l’inventivité. L’univers graphique du label en atteste : collages industriels, canevas alambiqués, défilés d’hommes, d’objets, du présent et du passé, prodigieuse somme d’inventions étrangement attractives, prennent leur sens dans leur juxtaposition et servent au mieux leur travaux musicaux, dont voici un rapide aperçu.

Rédigé le 23 octobre 2011 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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Dans un dictionnaire ou à l’école, on apprend que la métaphore est une figure de style, qui se caractérise par l’emploi d’un terme concret pour exprimer une notion abstraite, sans qu’il y ait d’élément introduisant formellement une comparaison. Chez Lacan, le terme renvoie à un processus consistant à remplacer un signifiant par un autre, qui en devient refoulé. À Marseille, c’est un collectif de passionés qui souhaiteraient voir changer leur ville, créer d’autres alternatives, et faire entendre leur cause.
Qu’ils s’appellent Valentin, Colin, Loic, Alex, Norman, Nicolas ou Raphael, ces phocéens ont du goût, et surtout des idées. Il y a quinze jours, pendant que les masses se prélassaient à Marsatac, nos jeunes compères se réunissaient le temps d’une soirée avec leur entourage, dans les vestiges d’un vieux bunker qu’ils avaient pour l’occasion aménagé, bien sur, sans autorisation. L’esprit n’est pas nouveau, mais si rare aujourd’hui.
Pourtant, quand on y pense, c’est presque plus facile à faire qu’à dire : un groupe électrogène, une paire de spots lumineux, les enceintes d’un copain, quelques peintures sur les murs, et puis un peu de bouche, du rhône à l’oreille. Voyez vous même, par cette notice vidéo, ou bien ce compte-rendu photo, l’initiative (et non pas l’entreprise) est à porté de tous, ou du moins de tout ceux qui en ont. Malheureusement cette dernière condition, vitale, semble apparemment faire défaut à la plus grande partie des promotteurs français, qui, bloqués par leurs intérêts pécunier, ne s’évadent que trop rarement de l’enceinte des clubs, pourtant tellement lassante et étouffante.
En principe et d’ici peu, Metaphore reviendra avec de nouveaux événements, dont le prochain devrait sonner bon l’argentine, mais chut, c’est un secret, nous n’en diront pas plus.
Renseignez-vous!

Rédigé le 12 octobre 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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Donner corps à l’attraction des hommes pour le sinistre n’est pas, aujourd’hui qu’ont les dit avides ou déjà transits de bonheur, la plus gratifiante des entreprises. La gratitude et l’unanimité n’étant pas ses ambitions, Kiran Sande a fondé Blackest Ever Black, dans un élan sincère et pas si tourmenté qu’il y paraît. Après une année écoulée, quatre et bientôt une cinquième sortie, il était temps de revisiter les esprits habités qui animent ce label.
C’est au fil du temps, que celui qui est aussi fondateur de Factmag, a su affiner son goût pour la mélancolie musicale, explorer, apprendre et apprivoiser son aimantation récurrente pour les sonorités graves et sérieuses. Dorénavant, appuyé par l’expérimenté Karl O’Connor aka Regis, il se consacre à ce projet dense au caractère affirmé, extension élégante et maîtrisée des chemins ouverts par Sandwell District et le regretté British Murder Boys. Entre romantisme sauvage et poétique sépulcrale, BEB dévoile sa passion de l’étrange anxiogène à travers de remarquables visuels. On sent l’ensemble solide et cohérent, muri et idéalement tourné vers les auditeurs, qui peuvent en plus s’aider de ces podcasts, synthétisant les influences dont les artistes se sont tous dit traumatisés. 
Le line-up coïncide avec les parentés présentées et adopte divers accents: on y retrouve le suscité Regis, qui, selon ses acolytes, soigne ses compositions les plus abouties, le post-punk décoloré de Tropic of Cancer, aux voix lointaines et religieuses, mais aussi Raime, duo londonien aussi effroyable qu’énigmatique, qui sortira ce mois Hennail, fameux et tant attendu cinquième opus de cet intègre label.

Rédigé le 10 octobre 2011 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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Comme il est bon, parfois, de se soustraire aux diverses hégémonies technoïdes actuelles. De plus en plus, les pales copies se multiplient, la qualité déprécie ; notre désir de nouveauté s’enlise, et notre quête d’exception, s’engouffre. Heureusement, certains s’écartent de ces troupeaux bornés, créent le clivage nécessaire au changement, à l’originalité, et décuplent leurs inspirations, questionnent leur imagination.
Divided fait partie de ses labels intelligemment dissidents. Inauguré il y a bientôt un an, sur une initiative du jeune producteur italien Johnny Aemkel, la maison s’efforce de rompre toutes lassitudes, de briser toutes banalités. L’atmosphère y est glaciale, austère, voir tantôt inquiétante, mais surtout novatrice, unique, et rarement fastidieuse.
Outre nos chers amis Elysée, Splatter, Eiht et Dubit, une soixantaine d’artistes s’y côtoient, malgré des horizons très souvent différents. Ainsi, vous y croiserez Daniel Half et ses expériences saugrenues, les cordes euphoriques de Guacko et Ganesha, l’agressivité de Tiari, Mekas et Memnok, ou encore, par exemple, l’étrange féminimalité de Miss Sunshine, Leticia Lemach, Tess Wassila, Linda Swallow et Viktoria Rebekka.
Voici quelques morceaux choisis, qui devraient ravir ceux qui comme nous, n’en peuvent plus de suinter sous été indien, et attendent avec hâte, l’arrivée de la mélancolie hivernale.

Rédigé le 4 octobre 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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Milan. Loin, au nord des chefs d’œuvre romains, loin des canaux vénitiens, des touristes et de la mer, il n’y a même pas les frasques de la mafia pour passer le temps. Ici, la renaissance ne passe que par la musique. Dans cette cité insipide, Thomas grandit aux côtés de Goblin, Joy Division ou encore My Dying Bride. Sous leurs ombres métalliques, au doux son de leurs âmes sombres et torturées, dans cette noirceur qu’ils semblent emprunter à sa ville, l’ennui prend un sens, et Thomas devient Avatism.
Tout comme ses illustres influences, la force de la musique d’Avatism réside dans ses atmosphères, profondes et taciturnes, taillées dans les ténèbres, faites pour l’introspection et pourtant presque cosmiques. Derrière cette ombre parfois fragile, sensuelle, se cachent des endroits chauds et accueillants, dans lesquels des pulsations au groove insidieux n’hésitent pas à se lover.
Au-delà de la danse et du rythme, c’est le message qui fait toute la spécificité d’Avatism. Un message émotionnel, car sa musique se désintéresse des muscles pour foncer droit au cœur, et aux sens. En club, il jouera live, car c’est finalement le seul moyen pour un producteur de transmettre son univers et de délivrer, pour une fois, quelque chose d’unique et personnel. Pour ces rares moments où le dancefloor s’enfume et que, dans les volutes et l’obscurité, l’ordinateur devient enfin instrument.
Ce mois-ci sortiront deux nouveaux bijoux : Perseverance, sur Dumb Unit, et Thought Patterns, sur Souvenir Music, le label des antiques frères Schwarz. Ici, vous trouverez la dernière en date : Taking It Too Seriously.

Rédigé le 2 octobre 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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Face à si peu d’enthousiasme quant à notre évenement,  il devenait nécessaire de vous en dire un peu plus au sujet de ces mystérieux invités.
Frucht est un label berlinois dont le nom signifie fruit dans la langue de Goethe, qui d’ailleurs n’est autre que l’allemand. Nous aurions pu filer la métaphore tout au long de cet article, en vous précisant par exemple, que nous les avions repérés en début d’année, bien avant que ne murisse leur première papaye. Ensuite nous aurions brodé quelques phrases autour de mots tel que panier, fraicheur, passion, jeune pousse, ecoly et centrifugeuse, ou encore d’adjectifs comme amer, délicieux, juteux, pourri et défendu.
Tout cela aurait été bien trop pénible, alors contentons nous simplement de vous suggérer d’écouter ces quelques morceaux, sélectionnés avec attention, parmi la vingtaine de sorties dont nous ont gratifié Splatter et ses amis, depuis le printemps dernier.
Récemment mis en jachère, le terrain mesopotamien de la dark musique redeviendra fertil d’ici quelques semaines, au terme desquels vous pourrez notamment gouter à la divine goyave de Felix Lorusso, cultivée avec précision dans l’humidité des caves hambourgeoises.
Pour le moment, nous vous attendons toujours coeurs et bras ouverts, ce jeudi, au DV1 à Lyon, et le lendemain, à la MC2 grenobloise.

Rédigé le 20 septembre 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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Le jeune hipster français a du mal à se positionner face à la dub techno. Parfois il hésite, il se dit que ça pourrait le faire, grave. C’est cérébral comme musique. Ça s’assortirait bien avec sa paire de bateaux et ses petites lunettes rondes – cet air intello qu’il essaye de se donner, en vain. Après tout, Stroboscopic Artefacts c’est classe, ça buzz pas mal sur Resident Advisor, et puis aussi, il lui arrive de retrouver ce type de sonorités chez Ostgut Ton, le label de Ben Klock. D’ailleurs il était à Berlin cet été et il l’a vu en live, au Berghain.
Malheureusement, l’idée que ses potes puissent le prendre pour un roots finit par lui traverser l’esprit et c’est ainsi qu’il renonce, lâchement, à s’imposer comme le prestidigitateur de cette nouvelle tendance. En fait, le terme dub rime déjà beaucoup trop avec Lee Scratch Perry, qui lui-même rime avec tocard, et ça suffit pour l’effrayer.Tant pis. Ou tant mieux.
Les italiens Tracy & MTD ont monté Sonntag Morgen en début d’année, sans se soucier de cette problématique. Profondément déterminés, c’est en toute fierté qu’ils arborent et défendent les sombres couleurs d’une dub techno simultanément lourde et épurée. Oubliant les branchés mode, le label s’adresse aux inconditionnels des vieux Substance, Vainqueurs, Basic Channels ou Autechre, proposant une version prodigieusement modernisée de ces influences notables.

Rédigé le 11 septembre 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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Parler de musique n’est pas chose aisée, contradictoire presque, tant la distance entre ces deux langages -l’un stable, l’autre ondoyant- se creuse à mesure que les mots s’épuisent à décrire, imager, exhorter ce qui n’est que silence élusif. Il faut pourtant bien porter à vos yeux d’abord, pour que vos oreilles s’emplissent ensuite, une présentation d’usage de Pavel Golubovski aka « PG » sur ce morceau issu de « Paste Modeling Silence », compilation expérimentale aussi élégante que sombre et variée qu’adroite. Et puis vraiment, il serait dommage que les bavards comme nous se retiennent par principe et s’arrêtent à l’audition sans y répondre, même maladroitement. Avouez, les mots peuvent parfois servir à nous mener jusqu’à la musique, tout au moins nous y apprêter. D’autant que l’auteur en question cultive la discrétion, signe des productions énigmatiques sur des labels ukrainiens pour moitié disparus et ne nous laisse que languissant devant des titres cyrilliques ésotériques. Il renforce son mystère, apparaît furtivement entre deux rayons de lumière bleue sur YouTube, livre une musique rare et intrigante sans laisser d’autre trace qu’un acronyme et une impression diffuse sur nos tympans.
« Pmm » capte notre attention et l’étreint, nous lie à ses variations avec une redoutable efficacité: il nous malmène avec une ligne basse tenace qui immédiatement soulève le cœur et le cramponne, puis la dédouble, l’aggrave, la syncope, ajoute à l’alarme déclenchée des demi-touches de piano frappées frénétiquement pour densifier son atmosphère lugubre. Le son nous colle une photo jaunie de Pripyat devant les yeux, imprime sa lueur crue sur nos pensées: un halo de réverbère sur le trottoir, un écoulement d’eau, le décompte aquatique régulier, point de fixation hypnotique, des diversions qui nous tiennent en haleine. Les fluctuations sont abruptes, les montées et descentes attendues, les entrées brutales, détachées, le morceau long, pourtant rien ne s’écarte de son élan, tout reste cohérent et contribue à nous y plonger. 9:43 » d’emprise, si révélatrice de notre excitabilité sonore.

Rédigé le 4 septembre 2011 par MARCALB · Classé dans Chroniques
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Grosso modo, la grande famille des producteurs modernes se divise en deux catégories. La première regroupe ceux dont l’identité et les sonorités sont en parfaite adéquation, construites consciemment, l’une au service de l’autre. L’artiste, dans ce cas, réussit généralement à atteindre son auditoire, qui d’ailleurs lui ressemble et lui correspond. Inversement, la seconde classe de compositeurs, celle dont la création ne concorde guère avec la personnalité, peine d’avantage à sortir de l’ignorance.
Nik Brunner, dont l’alias Shuqq n’évoque rien à personne, fait partie de ces incognitos. Ce munichois de 27 ans porte le bouc, met du gel dans ses cheveux roux, écoute Norah Jones, Amy Winehouse ou Pj Harvey, et, cerise sur le gâteau, traine encore sur Deviant Art. Il aurait pu passer ses journées à lire des mangas mais a préféré faire de la musique. Le résultat est troublant ; une techno minimaliste et symphonique, rappelant parfois les frasques d’Enio Morricone, ou, à d’autres moments, les divagations expérimentales de la période concrète. Simultanément pure et malsaine, étonnante de propreté et détonnante de simplicité, l’ambiance est à la confusion et c’est ce qui nous plait.
Nous conseillons donc vivement, à quiconque possède un brin de curiosité, d’écouter attentivement, de la première à la dernière mesure, The one who walked in, authentique concerto déconcertant.

Rédigé le 26 août 2011 par JNPLSRC · Classé dans Chroniques
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